Le favori, 2024, crayon de papier, 50x65cm

Avoir la pensée lourde, comme un bourdonnement qui s’amplifie.

J’ai découvert en plein milieu d’une salle d’exposition du Musée Fabre de Montpellier, un tableau représentant Abel, renversé sur le sol, la main délicatement posée près de sa chevelure. Il était si calme alors qu’une dispute avait éclatée quelques temps auparavant avec son frère. Cette image, empreinte de silence et de drame, est devenue pour moi un point de départ. Je suis allé la voir deux jours de suite. Je la trouvais si vide et détachée du contexte. Et puis, l’idée de ce bourdonnement intérieur me restait en tête. Les lignes viennent s’effacer et se superposer, tantôt en positif, tantôt en négatif. De la tête surgit une forme organique : une explosion végétale, une excroissance incontrôlée, quelque chose de monstrueux dans tous les cas. Progressivement, l’image se saturait et devenait enfin bruyante. Devais-je laisser les craquelures du vernis ? J’ai hésité. Elles sont belles et fines. Je les ai laissées, elles pansent ce corps inerte dans ce bruit incessant. Les lignes, les craquelures, le bourdonnement, tout est là.